Frontaliers en Suisse : où payez-vous vos impôts en 2026
Environ 400’000 personnes viennent chaque jour travailler en Suisse. Que leur salaire soit imposé ici ou chez elles dépend du pays de résidence, et parfois du canton.
Aperçu par pays de résidence
| Pays de résidence | Où est-on imposé ? | Retenue en Suisse | Particularité |
|---|---|---|---|
| France – BE, SO, BS, BL, VD, VS, NE, JU | France | Aucune (attestation 2041-AS) | Le canton reçoit 4,5 % de la masse salariale de la France |
| France – Genève et autres cantons | Suisse (impôt à la source) | Barème ordinaire à la source | Genève reverse 3,5 % à l’Ain et à la Haute-Savoie ; la France impute |
| Allemagne | Allemagne | 4,5 % à la source (barèmes L/M/N/P), imputés en DE | Max. 60 jours de non-retour ; attestation Gre-1 |
| Italie – nouveaux frontaliers (dès 17.7.2023) | Suisse + Italie | 80 % du barème ordinaire (R/S/T/U) | L’Italie impose et impute l’impôt suisse |
| Italie – anciens frontaliers | Suisse | Barème ordinaire à la source | TI, GR, VS seulement ; régime maintenu jusqu’à la fin de l’activité |
| Autriche | Autriche | 4 % à la source | Imputés en AT |
| Liechtenstein | Liechtenstein | Aucune | Accord 2015 |
France : deux mondes
La France a conclu un accord avec huit cantons : les frontaliers travaillant à Berne, Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Vaud, Valais, Neuchâtel ou dans le Jura et rentrant chaque jour paient leurs impôts en France ; la Suisse ne retient rien. Il faut remettre chaque année l’attestation 2041-AS. Pour le télétravail, depuis 2023 : jusqu’à 40 % à domicile sans perte du statut.
Genève n’est pas partie à cet accord. Les employeurs genevois retiennent l’impôt à la source complet au barème genevois ; la France l’impute. En contrepartie, Genève reverse chaque année 3,5 % de la masse salariale brute aux départements de l’Ain et de la Haute-Savoie. Dès 120’000 CHF, les frontaliers genevois peuvent demander la taxation ordinaire ultérieure, ou y sont tenus s’ils sont « quasi-résidents » (plus de 90 % des revenus du ménage de source suisse).
Allemagne : la règle des 4,5 %
Selon l’art. 15a de la convention de double imposition, le droit d’imposer reste à l’État de résidence. L’employeur suisse retient toutefois 4,5 % du salaire brut (codes L, M, N, P selon la situation familiale) sur présentation d’une attestation de résidence du fisc allemand (Gre-1). L’Allemagne impute ce montant. Qui ne rentre pas chez lui plus de 60 jours ouvrés par an pour des raisons professionnelles perd le statut de frontalier et est imposé en Suisse au barème ordinaire à la source, souvent plus avantageux vu les impôts suisses plus bas.
Italie : l’accord de 2023
Depuis le 17 juillet 2023, les nouveaux frontaliers italiens sont soumis à une imposition partagée : le canton de travail (Tessin, Grisons, Valais) prélève 80 % de l’impôt à la source ordinaire ; l’Italie impose le revenu en plus, avec imputation de l’impôt suisse et une franchise de 10’000 euros. Qui était déjà frontalier avant cette date reste dans l’ancien système (impôt suisse seulement) jusqu’à la fin de son activité.
Autriche, Liechtenstein et les autres
Avec l’Autriche, il n’existe plus de régime frontalier depuis 2006 : le droit d’imposer revient intégralement à la Suisse comme lieu de travail, et l’Autriche exonère le revenu sous réserve de progressivité – il ne fait donc qu’élever le taux applicable à d’éventuels revenus autrichiens. Avec le Liechtenstein, le principe du lieu de travail joue en sens inverse : qui réside en Suisse et travaille au Liechtenstein est imposé à son domicile. Pour tous les autres États de résidence sans accord particulier, l’impôt à la source ordinaire du canton de travail s’applique, et l’État de résidence évite la double imposition selon sa propre convention – en règle générale par imputation.
Télétravail : le seuil qui change tout
Le télétravail est devenu le sujet décisif pour les frontaliers, parce qu’il touche simultanément deux corps de règles aux seuils différents – source de confusion durable.
- Sécurité sociale : l’accord-cadre multilatéral du 1er juillet 2023 autorise jusqu’à 49,9 pour cent de télétravail dans l’État de résidence sans changement d’affiliation. Sans cet accord, le seuil serait de 25 pour cent. Il s’applique entre la Suisse et les États signataires, dont la France, l’Allemagne, l’Autriche et le Liechtenstein – mais pas l’Italie. L’employeur doit en demander l’application.
- Fiscalité : les chiffres y sont tout autres. Avec la France, l’avenant de 2023 permet jusqu’à 40 pour cent de télétravail par an sans déplacement du droit d’imposer. Avec l’Italie, la limite est de 25 pour cent. Avec l’Allemagne, c’est toujours le nombre de jours de non-retour qui compte, et non un pourcentage.
Concrètement : qui dépasse le seuil fiscal doit imposer dans son État de résidence la part travaillée depuis chez lui, l’impôt à la source suisse étant réduit d’autant, avec répartition d’après les jours de travail effectifs. Tenez donc un calendrier de vos jours de télétravail : en cas de contrôle, la charge de la preuve vous incombe.
Assurances sociales et assurance-maladie
Les frontaliers sont assurés socialement là où ils travaillent. AVS/AI/APG, AC, AANP et LPP sont retenus en Suisse comme pour les résidents ; le calculateur en donne les montants. Qui travaille plus de 25 % (télétravail : jusqu’à 49,9 % sans changement depuis 2023) dans son pays de résidence bascule dans le système social de ce pays. Pour l’assurance-maladie, un droit d’option entre la LAMal suisse et le système du pays de résidence (FR : CMU ; DE : caisse légale ; IT : SSN) s’exerce dans les trois mois suivant l’entrée en fonction.