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13e salaire et bonus : ce qui reste en net

Les paiements spéciaux ressemblent à un cadeau ; fiscalement, ce sont du salaire tout à fait ordinaire. Ce que cela signifie pour votre net.

13e salaire ou gratification ? La qualification décide de votre droit

Le droit suisse du travail ne prévoit aucun droit légal à un 13e salaire. Vous n’en percevez un que s’il découle du contrat individuel, d’une convention collective de travail (CCT) ou de l’usage de l’entreprise. La qualification de ce versement est alors déterminante, car elle commande l’exigibilité, le prorata et la protection en cas de congé.

Un véritable 13e salaire est un élément fixe de la rémunération au sens de l’art. 322 CO : son montant est connu à l’avance – en règle générale un douzième du salaire annuel de base – et il est dû dès que le travail a été fourni. Une gratification au sens de l’art. 322d CO relève en revanche du pouvoir d’appréciation de l’employeur et reste en principe facultative. Le Tribunal fédéral relativise toutefois cette liberté : une gratification versée sans réserve pendant au moins trois années consécutives et à un niveau comparable devient un droit acquis par usage. Et lorsque la part variable devient très importante par rapport au salaire de base, elle peut être requalifiée en salaire – ce contrôle étant moins strict pour les hauts revenus.

  • Entrée ou sortie en cours d’année : le véritable 13e salaire est dû pro rata temporis – 6/12 pour un départ fin juin. Pour la gratification, le contrat peut prévoir une clause de présence (n’y a droit que la personne encore en poste et non licenciée au jour du versement).
  • Temps partiel : le 13e salaire suit le taux d’occupation. À 60 %, il représente 60 % d’un salaire mensuel plein.
  • Maladie et accident : le droit court pendant la période de maintien du salaire. En cas d’absence prolongée sans maintien du salaire, il peut être réduit proportionnellement.
  • Modalités de versement : on rencontre le versement intégral en novembre ou décembre, le partage entre juin et décembre, ou la répartition sur douze mensualités. Cela ne change rien en matière d’assurances sociales ni d’impôt annuel ; en revanche, cela change tout pour l’impôt à la source en modèle mensuel.

Cotisations sociales : tout compte dans le salaire AVS

13e salaire, gratification, bonus, commissions et primes d’ancienneté sont du salaire déterminant au sens de l’AVS. On y prélève 5,3 % d’AVS/AI/APG sans limite, l’AC et l’AANP jusqu’au maximum annuel de 148’200 CHF. Qui dépasse déjà ce plafond avec son salaire de base ne paie plus que l’AVS/AI/APG sur le bonus. Pour la LPP, c’est le règlement de la caisse qui décide si les parts variables sont assurées.

Impôts : progression l’année du versement

L’impôt sur le revenu se calcule sur le revenu annuel. Un 13e salaire augmente le revenu imposable d’un douzième, un bonus de son montant intégral ; les deux sont imposés au taux marginal, qui atteint déjà 25 à 35 % pour un revenu moyen dans des villes comme Lausanne ou Zurich.

Exemple chiffré Lausanne, célibataire, 2026

VarianteBrut/anCotisationsImpôtsNet après impôtsNet supplémentaire
7’000 CHF × 12CHF 84’000CHF 9’261CHF 12’549CHF 62’190
7’000 CHF × 13 (13e salaire)CHF 91’000CHF 10’129CHF 14’086CHF 66’785CHF 4’596
7’000 CHF × 13 + 13’000 CHF de bonusCHF 104’000CHF 11’117CHF 17’688CHF 75’195CHF 8’410

Du 13e salaire (7’000 CHF brut), il reste dans cet exemple CHF 4’596 net, soit environ 66 %. Du bonus (13’000 CHF), il reste CHF 8’410, soit 65 % : le taux marginal joue à plein.

Ce qui reste vraiment de 10’000 CHF de bonus : quatre cantons

Comme le bonus est imposé au taux marginal, la part qui vous reste dépend fortement du domicile. Le tableau ci-dessous indique ce qu’il reste d’un bonus de 10’000 CHF versé sur un salaire de base de 100’000 CHF (célibataire, sans confession, 35 ans) dans quatre chefs-lieux, après cotisations sociales et après impôts fédéral, cantonal et communal.

Chef-lieuNet du bonusPart nettePrélèvement total
ZGCHF 7’94879 %21 %
ZHCHF 6’93169 %31 %
BECHF 6’62866 %34 %
GECHF 6’34063 %37 %

L’écart entre le plus avantageux et le plus lourd de ces quatre lieux atteint CHF 1’608 sur un même bonus brut. C’est le mécanisme qui s’applique aussi au salaire de base, simplement rendu plus visible parce qu’il porte sur un montant isolé. Pour qui perçoit régulièrement une rémunération variable élevée, le choix du domicile pèse donc davantage ; le comparateur de cantons fait le calcul sur votre propre salaire.

Cas particuliers : indemnité de départ, prime d’ancienneté, actions

Tous les versements exceptionnels ne se valent pas. Trois distinctions reviennent souvent en pratique :

  • Indemnité de départ à caractère de prévoyance : lorsqu’une indemnité est versée parce qu’une lacune de prévoyance apparaît – typiquement en cas de licenciement à partir de 55 ans – elle peut être imposée au taux privilégié de la prévoyance plutôt qu’au barème ordinaire du revenu. Encore faut-il que la lacune soit effectivement démontrée. Une indemnité de départ ordinaire, sans caractère de prévoyance, reste du salaire normal.
  • Primes d’ancienneté : elles sont soumises à l’AVS et imposables. Les cadeaux en nature jusqu’à 500 CHF par occasion sont en revanche considérés comme exonérés selon la notice relative au certificat de salaire et n’ont pas à être déclarés.
  • Actions et options de collaborateur : pour des actions cotées, l’imposition intervient au moment de l’acquisition, sur la valeur vénale diminuée d’un escompte de 6 % par année de blocage (dix ans au maximum). Les options sont saisies à l’attribution ou à l’exercice selon leur configuration. Le montant figure sur le certificat de salaire et augmente votre revenu imposable comme un bonus.

Optimiser un bonus

  • Remplir le pilier 3a l’année du bonus : la déduction agit au taux marginal.
  • Financer un rachat LPP avec le bonus : entièrement déductible, progression cassée.
  • Date de versement : un bonus payé en janvier plutôt qu’en décembre tombe dans l’année fiscale suivante, utile en cas de changement d’emploi ou de canton.
  • Impôt à la source : en modèle mensuel, le mois du bonus est lourdement imposé ; la taxation ordinaire ultérieure peut valoir la peine.
  • Échelonner les rachats : plutôt que de verser 60’000 CHF en une année, répartissez le rachat sur trois ans à 20’000 CHF. Comme la progression est rabotée par le haut chaque année, l’économie d’impôt cumulée dépasse celle d’un rachat unique.
  • Respecter le délai de blocage : après un rachat, les avoirs de prévoyance ne peuvent pas être retirés en capital pendant trois ans, sous peine de reprise de la déduction. Qui envisage un retrait en capital à la retraite ou pour un logement doit donc racheter suffisamment tôt.
  • Vérifier si le bonus est assuré LPP : s’il l’est, il augmente le salaire assuré et donc vos bonifications de vieillesse. La retenue figurant sur la fiche de salaire n’est alors pas une perte, mais du revenu différé.

Questions fréquentes

Le 13e salaire est-il exonéré d’impôt ?

Non, et la question repose souvent sur un malentendu. Le 13e salaire est du salaire ordinaire : il est entièrement soumis à l’AVS, à l’AC et, dans les limites des plafonds, à la LPP, et il est imposé comme n’importe quel autre élément de rémunération. La Suisse ne connaît aucune exonération pour les paiements spéciaux, ni au niveau fédéral ni au niveau cantonal.

Comment un bonus est-il imposé ?

Comme du salaire ordinaire, et l’année de son versement — non l’année au titre de laquelle il est dû. L’impôt sur le revenu étant progressif, un bonus élevé peut vous faire franchir un palier et alourdir du même coup la charge sur le salaire habituel. Pour les personnes imposées à la source en modèle mensuel, il relève en plus le taux du mois de versement, ce qui amplifie l’effet.

L’employeur doit-il verser un 13e salaire ?

Non, aucune obligation légale n’existe. Le 13e salaire n’est dû que s’il est prévu par le contrat de travail, une convention collective ou l’usage de l’entreprise — étant précisé qu’un versement répété sans réserve pendant plusieurs années peut précisément créer cet usage. Une fois convenu, il est dû pro rata temporis en cas de départ en cours d’année, donc proportionnellement aux mois travaillés.

Le bonus compte-t-il pour la caisse de pension ?

Seulement si le règlement de votre caisse l’inclut dans le salaire assuré : la loi ne l’impose pas. Beaucoup de caisses n’assurent que le salaire de base et laissent de côté les éléments variables ; d’autres retiennent l’ensemble du salaire AVS, bonus compris. L’écart peut représenter plusieurs dizaines de milliers de francs de capital sur une carrière. Votre certificat de prévoyance vous indique laquelle des deux règles s’applique.

Quelle différence entre 13e salaire et gratification ?

Le 13e salaire est un élément fixe de rémunération : son montant est déterminé à l’avance et il ouvre un droit. La gratification au sens de l’art. 322d CO dépend en principe du bon vouloir de l’employeur. Si elle a toutefois été versée sans réserve et à un niveau comparable pendant plusieurs années, elle peut devenir un droit acquis par usage.

Ai-je droit au 13e salaire si je pars en juin ?

Pour un véritable 13e salaire, oui : il est dû pro rata temporis, soit 6/12 dans cet exemple. Pour une gratification facultative en revanche, le contrat peut prévoir qu’elle n’est versée qu’aux personnes encore en poste et non licenciées au jour du paiement.

Vaut-il la peine de verser le bonus au 3e pilier ou en rachat LPP ?

Fiscalement presque toujours, car la déduction agit au taux marginal : avec une charge marginale de 30 %, un rachat de 10’000 CHF économise environ 3’000 CHF d’impôt. Attention au délai de blocage de trois ans qui suit un rachat pour tout retrait en capital.

Un bonus est-il traité différemment à l’impôt à la source ?

Oui. En modèle mensuel (ZH, BE, LU, BS et la plupart des cantons alémaniques), le mois du bonus est considéré isolément et atterrit dans la tranche la plus élevée. En modèle annuel (GE, VD, VS, TI, FR), le calcul s’appuie sur le revenu annualisé, ce qui lisse l’effet.

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Sources

Mottalib Radif

Rédigé par Mottalib Radif

MBA INSEAD · Expert en finances personnelles et fiscalité

État 2026, mis à jour le 2026-09-16